Bonjour à toutes et à tous. Je suis désolé pour cette absence de plus d’un mois. En d’août, j’étais en vacances et je n’avais que très peu accès à Internet. Je reviens, donc, pour septembre, avant d’emménager dans mon appartement, où, je l’espère, je réussirai à installer Internet le plus rapidement possible. Je suis de retour avec une nouvelle qui parle d’un mec blasé, riche, et qui, pour ne pas s’emmerder, se détruit. Merci à toutes et à tous. 
Nuits (d.m.) : troisième nouvelle Il fait nuit. Il est minuit. Vacances. Je m’emmerde à mourir. Comme d’habitude, d’ailleurs ; il n’y a pas qu’en vacances. L’absence de contact avec ceux que j’appelle abusivement mes amis me pèse. J’essaye d’en avoir dès que je le peux. Je m’emmerde à mourir. Voir tous ces gens ignorants, qui ne savent que se croiser et parler du temps qu’il fait, ou avoir le courage de se baigner dans cette piscine même pas chauffée. Il n’y a rien, ici. Pas une clope, pas une ligne de coke, pas une bagnole potable. Rien. Des gosses qui jouent au foot avec un ballon pourri. On se croirait dans le fin fond de l’Afrique. Il fait nuit. En fait, d’un autre côté, cet isolement me fait du bien. Six mois à fréquenter les nuits et la jet-set monégasque et parisienne, sans arrêt. Une semaine de pause, ça fait aussi du bien. Mais quelle pause ! C’est à vous dégoûter de la vie réelle. La nuit de la Provence. La nuit de la Provence me fait penser à ces nuits calmes et chaudes. Un club intime. Différent de ces grandes singeries dans lesquelles je vais d’habitude. Un club chaud et calme. Une lumière tamisée. Rouge ou bleue. Des tables et des verres qui se posent silencieusement sur les nappes feutrées. Silences et murmures. Du jazz qui s’élève doucement dans le noir. Saxophone. Trompette. C’est la résurrection de Louis Armstrong, de Miles Davis. Ou même d’autres styles. On a envie de faire resurgir la musique de club. On veut voir arriver Lennon nous chanter son Imagine, ou voir Aretha Franklin ressusciter avec son Think. Là, non. Même si ces nuits-là sont celles que je préfère, ce sont également celles que je fréquente le moins. La nuit, ça me fascine. Cette nuit-là en particulier, où les souvenirs se font beaux, avec les cigales qui frottent leurs ailes et les crapauds qui gueulent, les éclats de voix au loin, le bruit des insectes, les papillons qui tourbillonnent autour de la lumière sous laquelle j’écris. La nuit… C’est une nana à qui on fait doucement l’amour, sans lendemain ; c’est ces premières fêtes, ces premiers patins alors qu’on est encore mômes ; c’est ces goûts d’alcool. Vin rouge. Vodka. Champagne. Tu te réveilles le lendemain. Tu t’étonnes de l’appartement plus inconnu que la veille, mais toujours aussi luxueux. Ca et là, sur les canapés, à même le sol, dans la salle de bain, ou allongés dans le vomi, devant les chiottes, des corps endormis, bourrés, cokaïnés, ou les deux, défoncés en tous cas, incapable d’autre activité que cet horrible sommeil médicamenté ; un peu de sang par terre, peut-être le mien, la veille, j’avais du me cogner à un coin de meuble, je tiens pas l’alcool, et à chaque fois, je me remplis de champagne et de vin rouge à je sais pas combien jusqu’au stade inquiétant et méprisant du bain de bouche, et à l’appétissante production personnelle culinaire finale, et puis je me réveille en regardant les quelques autres pas assez défoncés pour pioncer tranquillement sur le marbre rose sur lequel elles se sont faites baiser une bonne partie de la nuit, sur lequel ils ont baisé ces « elles », à tour de rôle. Ces trucs-là me donnent la nausée. Il n’y a que la musique. Se réveiller le matin avec le bourdonnement dans les oreilles d’une musique qui plane dans l’appartement. Epouser Nina Simone, Ray Charles, Norah Jones, Janis Joplin ou Joe Cocker. Toujours Think dans ma tête. Ça m’apaise. Je regarde le ciel. Je regarde la nuit. Loin. Seul. A la campagne. Au plus profond de la France. Loin de ces soirées dans lequel le plus pauvre est quinze fois plus riche que moi. Je me détruis nuit après nuit. L’écriture est un salut. Je sais que je replongerai dans les abîmes de la dégénérescence lorsque le jour se lèvera sur ces montagnes vertes et sèches. Je m’endormirai et j’aurais dans la tête le dégoût si apaisant de ces rêves de corps baisés, gang-bangués, masturbés, sodomisés, pénétré et je ne sais quoi encore, défoncés, cokaïnés, piqués, ecstasiés, alcoolisés, médicamentés, automutilés, scarifiés, cernés, absurdisés, ridiculisés, acculturés, détruits - autodétruits, même - riches, esseulés et endormis, avec, à côté, ces restes de lignes de coke, ces billets de cinq cents qui servaient de paille (entendons-nous : il est bien plus classe de sniffer sa coke dans un billet de cinq cents que dans un vulgaire billet de cinquante euros), ces derniers cachets d’ecstasy, ces capotes, utilisées ou non, ce sperme ici ou là, ces goûtes d’alcool renversées, ces bouteilles, vides ou à moitié, ce désordre sans nom, ces costumes à dix mille, ces robes de soirées Chanel ou Dior déchirées par l’état quaternaire dans lequel vingt ombres de vingt à quarante ans se trouvent lorsqu’elle ne savent plus quoi faire de leur temps ou de leur argent, et de leur cul, quand elles se trouvent encore baisables, quand elles veulent se prouver qu’elles plaisent. Ce n’est pas elles qui plaisent. C’est leur cul et leur sexe. Tout ça n’est qu’un leurre, une illusion de vie et d’amitié, une parodie de plaisir et de sexe, un bonheur par procuration. Oui, ça fait pleurer dans les chaumières, ces petits bourges milliardaires qui sont obligés de se détruire pour ne pas s’emmerder. Les pauvres. J’en fais pas partie. Mais c’est pourtant quelque chose qui, sans me faire envie - loin de là - m’intéresse. Je me fais du bien en étant loin de tout pendant une semaine. Mais je n’ai qu’une envie : retourner me détruire. Retourner dans ces trucs de merde dans lesquels j’ai pu m’immiscer. Et j’y retournerai. Tu rencontres une fille un peu moins désabusée, un peu moins cynique que les autres, qui a pitié de toi, du beauf que tu es, t’emmène en deux heures à Monaco pour te prêter trois costards de son ex, mais elle a gardé un double des clefs de sa suite, les garçons d’étage de l’hôtel la connaissent, et puis elle fait rien de mal : elle lui pique trois costards, qu’est-ce qu’il y a de mal à ça ? Rien. Il s’en fout. Il le remarquera même pas. Il jette tous ses vêtements tous les six mois. Alors la fille, tu la baises plus ou moins bien à l’arrière d’une limousine, plus impressionné par le cuir blanc des sièges que tu t’appliques à pas salir malgré ton état - toi qui n’avait jamais connu mieux, avant cette vie et ses Ferrari, ses Murcielago, que le vulgaire 4x4 BM X5 familial, de parents qui se croyaient riches - que par la pipe magistrale d’habituée qu’elle te taille, pendant que tu t’envois la moitié de la bouteille de champagne, entre deux rails de coke, trois sushi, reposer le tout quand tu sens venir l’orgasme que tu ne vis même plus, et la finir en la remplissant comme il se doit, de t’embrasser comme on embrasse un gosse qui a été gentil aujourd’hui, de sortir de la bagnole, deux connards de photographes qui savent même pas qui c’est mais qui photographient parce que limousine, toi, t’y crois, alors que tout cela est le signe de fait que tu es un looser, cohue, t’entends des voix autour de toi, celle de la fille, « il est avec moi », et tu rentres dans une boîte, elle va se faire baiser par un autre dans les chiottes, et t’es content, t’as gagné une pipe, une baise, de la coke, une cuite, de l’ecsta sous l’effet de laquelle t’as du baiser une demi-douzaine de culs sans tête ou de têtes sans culs, encore un peu de champagne, la visite d’un hôtel à Monaco, l’entrée gratuite dans cette boîte où tu vas essayer de rentrer en baiser une qui a du fric pour qu’elle te paye le taxi, et pour revivre la même nuit que la veille, et trois costard à dix mille. Tu vis pour boire, pour sniffer et pour baiser. Encore que dans ce cas, baiser soit un bien grand mot. Disons, pour remplir. Voilà. Passionnant. Et recommencer. Trouver une fille pas mal, pas trop vieille, trente ans maximum, faire gaffe à la marque de sa robe et de sa bagnole, et si c’est pas une vulgaire Mercedes de location, et alors quitter ce truc dans lequel on lui roulait des pelles en se déchirant sur les Clash, les Sex Pistols, Simple Plan, ou en chantant par réflexe le ringard Un autre monde de Téléphone, ou en lui fourrant les doigts dans la chatte en dansant plus qu’en la faisant jouir sur le vieux Only youuuuuu, on se croirait revenu dans La boum, en stressant pour savoir si Sophie Marceau va se faire rouler une pelle par le mec qui l’a regardé pendant au moins deux secondes. Ridicule. Et pitoyable. Rajeunis de dix ans. Deux préados puceaux qui se roulent leur premier patin. Dix heures du soir. Les vieux vont revenir du resto. Il va falloir ranger. Ce soir, je suis loin de tout ça. Loin de toute cette superficialité dégoûtante. Je suis dans la nuit de Mont Ventoux, et j’écris. Je suis ici parce que je le veux bien. J’ai choisi de venir ici, pour me reposer. Me reposer de quoi ? Je ne sais pas. Peut-être inconsciemment pour me rendre compte que ma vie ne sert à rien, que ce n’est qu’une merde, et que ces nuits passées à me détruire dans la musique hurlante ou dans un vagin inconnu ne sert à rien. Ce n’est qu’une survie. Tout ça me dégoûte. Pourtant, l’envie d’y retourner me presse. Et j’y retournerai. L’écriture est la seule chose capable de m’extasier. La seule chose qui fait que je n’ai pas envie de mourir. Pourtant, mourir ne me dérangerait pas. Je n’existe déjà plus, ma mort ne serait qu’anecdotique. Les beaufs sont superficiels. Les riches sont superficiels. Tout ça va me rendre misanthrope. Je suis bien, là, seul, face à la nuit et au papier, avec pour seule arme mon stylo. Pas besoin d’étaler la science que j’ai pas, de répondre au questions. Je dis ce que je veux, j’écris ce que je veux. Et puis, la nuit est belle. Celle-là encore plus que les autres. Ca me console un peu de ma vie. Je suis déjà mort. J’ai cessé d’exister quand je me suis mis à avoir de l’argent. Je suis mort le jour où j’ai décidé de vivre. Je jour où je me suis dit que je préférais mourir de jeunesse, d’activité et de folie, que d’ennui et de vieillesse. Mais tout cela, ça ne s’appelle que l’oubli. L’oubli de l’ennui… 
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