Christine Orban. La mélancolie du dimanche. (Albin Michel) Les dimanches ne sont pas des jours comme les autres. Surtout quand une jeune femme retrouve la lettre perdue de l'homme qu'elle a aimé, dix ans auparavant. Se débarrasse-t-on jamais des histoires inachevées ? Ce roman met en scène une protagoniste qui, tout le long de l'ouvrage, hésite à ouvrir la lettre d'une personne si chère à ses yeux... Pas d'action dans ce livre où c'est la poésie qui mène la danse pour exprimer le mal-être de certains quand arrive le jour du repos. 
Voilà. Indiana est une femme d’une trentaine d’année. Heureuse. Elle a un travail qui lui plait, un mari, et une petite fille qu’elle aime. Tout va bien. Seulement, ce dimanche matin-là, elle est seule chez elle. Son mari et sa fille sont sortis. Au cinéma notamment. Alors voilà. Elle traîne en pyjama. Elle décide de faire un peu de rangement. Et puis elle tombe sur cette lettre. Cette lettre qu’elle n’a pas osé ouvrir. Seulement le coin de l’enveloppe à peine déchiré. Elle n’avait pas osé l’ouvrir, il y a dix ans, cette lettre de Jules. C'était un dîner au restaurant. Tout s’était très bien passé. Et puis le soir, en rentrant chez elle, elle avait sentie que c’était la dernière fois. La dernière fois qu’ils se voyaient. Elle ne sait pas pourquoi d’ailleurs. Tout était comme d’habitude. Elle avait vécu trois ans avec Jules. C’était bien. Elle ne sait toujours pas pourquoi ça n’a pas marché. La réponse est peut-être dans cette lettre. Oui, mais elle n’ose pas l’ouvrir. Elle a peur du secret que peut contenir l’enveloppe. Indiana va donc passer tout le dimanche assise par terre, dans ce couloir sombre, la lettre dans la main, à ne pas oser l’ouvrir et à se remémorer ces souvenirs qui remontent à plus dix ans, maintenant. Elle s’est mariée. Elle aime Christian, son mari. Mais elle se souvient de Jules. Voilà. Le dimanche d’Indiana. Unité de temps dans ce roman. C’est bien. Il n’y a pas d’action. Juste des souvenirs. De la mélancolie. C’est un très beau livre. Indiana se souvient de ces rencontres furtives. Ces deux rencontres et la troisième qui n’a finalement pas eu lieu. Ces choses qu’elle soupçonnait et cet homme qu’elle n’a finalement pas cessé d’aimer. Depuis le premier jour. Pendant ces dix ans, elle a vécu heureuse, en aimant Jules. Son mari n’existe plus. La question n’est pas de savoir si elle l’aime quand même ou non. Elle l’aime. Mais Jules est de ces personnes que l’on a aimée et que l’on a quittée sans trop savoir pourquoi, qui laissent un souvenir impérissable, mais tellement douloureux. Ne pas pouvoir s’empêcher de penser qu’ils auraient pu être heureux ensemble. Et puis Indiana repense aussi à sa Grand-Mère aussi, avec qui elle a une complicité extraordinaire. Elle lui raconte absolument tout, d’ordinaire. Sa Grand-Mère n’aimait pas trop Jules. Qu’importe. Elle ne lui en parlera pas cette fois-ci. Elle lui aurait dit de ne pas ouvrir la lettre. Que c’était une source d’ennui, qu’on ne remue pas le passé. Sa Grand-mère lui aurait demandé de contrôler ses sentiments. Mais on ne peut pas contrôler les sentiments de quelqu’un qui aime. Alors Indiana ne parle pas de ça à sa Grand-Mère. Pour une fois dans sa vie, elle la met hors du jeu. Elle hésite. Tout le long du livre, elle hésite. Que faire ? Ouvrir la lettre ? Appeler Jules, qui habite à quelques minutes de marche de chez elle ? Finalement, elle optera pour la seconde solution. Elle saura alors ce que contenait la lettre. Elle rencontrera Jules, en croisant son mari et sa fille dans l’escalier qui rentrent du cinéma. Elle dira qu’elle va voir sa Grand-Mère. Et la rencontre furtive avec Jules... Un livre sans action. Une immense poésie en prose. Des souvenirs, des souvenirs, des souvenirs. La nostalgie d’un passé qui ne deviendra plus jamais futur. La mélancolie du dimanche. Tout est beau dans ce texte de Christine Orban. Et puis une petite interrogation sur l’amitié, aussi. Est-on un bon ami lorsqu’on a passé sept ans de sa vie à écouter sans se confier ? Un livre à découvrir absolument. J’ai hésité plusieurs mois avant d’acheter ce livre et j’ai hésité plusieurs semaines avant de le lire. Et en deux nuits, fini. Faut dire que 185 pages en format de poche, c’est pas la mort. Mais découvrez ce livre dans lequel Christine Orban explore les finesses du sentiment féminin, et même humain. La nostalgie, le souvenir d’un amour inachevé, encore présent, mais désormais impossible. Séparés par l’incompréhension, par la peur. Séparés par la vie. Il n’y a que le temps qui n’a pas fait mourir ce qui les unissait autrefois. Mais le reste… Le reste a fermé ces portes qui auraient pu s’ouvrir, sur un simple geste qu’elle n’a pas fait dix ans plus tôt. 
« Je me souviens, le cœur serré, avoir pensé à lui quand Christian me passa la bague au doigt et de me l’être reproché. Mais c’était ainsi. Il était là et pas là. » « Pourquoi étais-je si sévère avec moi ? Pour me protéger, répond la raison. S’empêcher de vivre, est-ce une façon intelligente de se protéger ? Quel autre moyen ? » « Ne prends pas le risque des mots qui marquent au fer rouge. » « Mieux vaut le doute à la sinistre réalité, à des mots hypocrites ou mauvais qui resteront pour toujours gravés dans ta mémoire. Le doute, c’est la fenêtre ouverte. Le possible. » Parce que l’Homme est assez fou pour parfois préférer l’amour au bonheur… La narratrice a fait l'inverse. Elle a choisi le bonheur et a renoncé à l'amour. C'est un livre horrible. Il fait mal. Il réveille ces choses enfouies au plus profond de nous. Ces choses que l'on ne voulait pas extraire de leur sommeil réparateur. De leur sommeil qui masquait la douleur réelle par des rêves. Mais c'est beau. C'est agréable. Aimer un livre qui fait mal. On est un peu maso, quand on est lecteur. On y voit obligatoirement un peu de soi-même, un peu de vécu. On s'y reconnait forcément. On reconnait au moins les sentiments. Ici, ce n'est pas l'auteur qui donne au lecteur, mais le lecteur qui donne à l'auteur, parce qu'on se reconnait dans ce livre, on comprend. Oui, on comprend. Et la compréhension est le plus beau cadeau qu'un être humain puisse faire à un autre. Je ne dirai pas la fin... |